Petites immensités • Fotokino • des artistes et des livres que l’on admire • some artists and books we love.



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05. Luigi Ghirri, l'atelier de Giorgio Morandi

À la fin des années 1980, Luigi Ghirri réalise de nombreuses photographies en intérieur. Maisons, musées, ateliers d'artisans, celui d'Aldo Rossi… Il semble alors, selon son ami Giorgio Messori, comme lassé de regarder le monde dans sa vaste étendue. Et s'attarde alors sur la familiarité et l'intimité des espaces intérieurs, révélant des paysages plus secrets mais néanmoins tout aussi riches que ceux qu'il avait enregistrés jusqu'à lors. Les sujets de son œuvre restent les mêmes sur ces territoires réduits : les objets simples, l'émotion qu'ils contiennent, l'horizon, le banal, le dialogue entre la réalité et l'image de la réalité… Sans compter ce qui est propre au travail du photographe – comme à celui du peintre : la lumière, la composition, le cadre.
C'est sur l'ensemble de ces sujets que l'œuvre de Ghirri rencontre celle de Morandi. Les deux artistes écrivent avec les mêmes mots, utilisent le même langage, antique et moderne à la fois. Ils sont tout deux des artistes du peu, tous deux ont la même utilisation de la lumière, celle qui fait apparaître les choses dans le monde, mais qui peut également les rendre évanescentes, et les faire disparaître. Tous deux nourrissent le même rapport intense à l'espace qui leur est nécessaire pour créer : le paysage de l'Émilie Romagne pour Ghirri, celui de l'atelier pour Morandi. Et c'est avec cette intensité que Luigi Ghirri photographie les deux maisons de Giorgio Morandi. Cellle de la via Fondazza – petit théâtre du souvenir, et sa résidence d'été de Grizzana – épure de la moindre chose. ︎ Photos Luigi Ghirri, Bologna, Studio di Giorgio Morandi, 1989-1990. © Eredi Ghirri.