Petites immensités • Fotokino • des artistes et des livres que l’on admire • some artists and books we love.



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12. L’atelier de tissage du Bauhaus

En 1920, quelques mois après l’ouverture de l’école, Gunta Stölz et quelques autres soumettent à Johannes Itten et Walter Gropius l’idée de créer une classe de filles au sein du Bauhaus. Ce groupe de jeunes élèves s’empare alors d’une salle du bâtiment dans le but d’être en lien direct avec la fabrication et les matériaux, dans une démarche artisanale et expérimentale. Elles commencent à récolter auprès des vieilles dames de Weimar des chutes de tissu, de fil, de cuir ou de fourrure, pour confectionner des tentures murales, des couvertures, des poupées. Mais le tissage n’apparait véritablement qu’à l’été 1920 : Gunta Stölz découvre dans le bâtiment des salles privées, utilisées par les femmes de la ville, et équipées de métiers à tisser. Elle en emprunte un durant les vacances, et tisse sa première tapisserie. « Nous étions environ cinq filles à avoir initié ce début. Tous les aspects techniques, les fonctions des métiers, les différentes possibilités de croiser les fils, d’alimenter le métier à tisser, nous n’avons pu les découvrir et les maîtriser qu’au prix d’essais et d’erreurs. Pauvres autodidactes, notre travail était surtout fait de suppositions, parfois mêlées de larmes. »

Parallèlement, ces quelques pionnières s’initient à la teinture, avec l’appui de Georg Muche, « maître de formes » qui va s’impliquer auprès de l’atelier de tissage et le confronter aux exigences techniques et fonctionnelles du milieu industriel, tandis que les cours de Itten, Klee et Kandinsky permettent aux élèves de mettre en lien leur pratique avec les questions de formes et de couleurs. À partir de 1927, alors que l’école a déménagé à Dessau, Gunta Stölz prend la direction de l’atelier, qui reçoit désormais de nombreuses commandes de l’industrie pour la réalisation de rideaux, de tissu d’ameublement ou de tentures. C’est alors un lieu de recherche, formelle et matérielle, considérant les qualités décoratives des tissus et tapisseries tout autant que leurs caractéristiques techniques d’isolation phonique ou thermique. Dix à vingt élèves s’y succèdent chaque année, jusqu’à la fermeture de l’école en 1933. Ci-dessous, nous avons sélectionné quelques dessins préparatoires d’élèves parmi les plus talentueuses de l’atelier. On y retrouve un écho formel à la définition d’Anni Albers : « Tisser, c’est enchevêtrer deux nappes de fibres à angle droit », et à la volonté de révéler la structure même du matériau, de donner à voir son ossature débarrassée de toute fioriture ornementale. Benita Koch-Otte, Gunta Stölz, Lena Bergner, Otti Berger, Anni Albers… Ces élèves surent faire de cet atelier l’un des plus prolifique de l’école. Une fabrique ancrée dans le réel du travail et des outils de production.